Le chercheur de l'OMS

Comment Jean-Claude Romand se débrouillait-il pour camoufler qu'il n'était pas médecin? Il se refusait à soigner sa famille, comme beaucoup de vrais thérapeutes. Il ne soignait personne d'ailleurs puisqu'il s'était forgé une identité de chercheur.

Ceux qui le connaissaient peu auraient dit qu'il avait un poste important à l'OMS et voyageait beaucoup, ceux qui le connaissaient bien auraient ajouté que ses recherches portaient sur l'artériosclérose, qu'il donnait des cours à la Faculté de Dijon, qu'il avait des contacts avec de hauts responsables politiques comme Laurent Fabius - mais lui-même n'en parlait jamais et, si on évoquait devant lui ces relations flatteuses, en paraissait plutôt gêné. Il se dit également ami de Bernard Koucher et son cancer est soigné par le professeur Schwarzenberg.

Il avait aussi un tampon et des cartes de visite au nom du docteur Jean-Claude Romand, ancien interne des Hôpitaux de Paris.

Il entrait dans le bâtiment de l'OMS avec un badge de visiteur, circulait en habitué de la bibliothèque où il raflait tout ce qui était imprimé et gratuit. Sa maison débordait de paperasses portant l'en-tête de l'organisation. Il usait de tous les services qu'offre celle-ci - poste, banque, agence de voyages.

Toute épouse appelle son mari à son travail. Pour éviter que Florence ne le fasse, Jean-Claude Romand lui avait expliqué qu'il était inatteignable. Seul moyen pour elle de le joindre: contacter une boîte vocale sur laquelle elle devait laisser un chiffre de 1 à 9 selon le degré d'urgence de l'appel. Jean-Claude Romand, relié à un bip, se débrouillait alors pour la rappeler d'une cabine téléphonique dans la région où il errait.

A ses parents, il avait envoyé une carte postale représentant l'OMS et sur laquelle il avait dessiné une croix censée représenter son bureau. Sa belle-mère se rappelle qu'un dimanche où toute la famille était allée en Suisse, les enfants ont voulu voir le bureau de papa et il a consenti au détour. Ils se sont garés sur le parking, il a montré du doigt la fenêtre. L'histoire s'arrête là.

Puisqu'il se disait haut responsable, Jean-Claude Romand était forcément censé voyager beaucoup. Régulièrement, il annonçait à sa femme qu'il devait s'absenter. Mais son périple s'arrêtait à l'aéroport de Genève-Cointrin. Là, il se terrait quelques jours dans une chambre d'hôtel cloué devant sa télévision. Il étudiait le guide touristique du pays dans lequel il s'était prétendument rendu. Lorsque son "voyage" était terminé, il se rendait dans une des boutiques de l'aéroport, y achetait des cadeaux exotiques dont il couvrait sa famille. On lui faisait fête, il était fatigué à cause du décalage horaire.

Source : E. Carrère, L'adversaire, ed POL, 2000

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